A quoi ça tient d’illuminer une étoile ?

Equipe de France de Football Coupe du Monde 2018

 

Bien entendu, cet événement a fait le buzz cet été et amateur de foot ou non, vous n’avez pas pu passer à côté : l’équipe de France de Football est championne du monde. Au-delà de l’actualité, avez-vous pris le temps de réfléchir à cette victoire ? Quels sont selon vous les facteurs qui ont permis à cette équipe d’accrocher à son palmarès un nouveau titre de champion du monde ? Qu’est-ce qui a manqué aux autres équipes pour finir sur la plus haute marche du podium ? Quelles sont les caractéristiques de la performance des bleus ? Au-delà de la victoire de l’équipe de France de Football, que pouvons-nous retenir et, pourquoi pas, capitaliser, voire reproduire par mimétisme au sein des équipes dans les organisations ?

Au travers de cet article, je vous propose d’analyser les caractéristiques de cette victoire, ce qui a fait qu’une seconde étoile a illuminée à la fois le maillot des bleus et les visages des français.

Caractéristiques de la Performance de l’Equipe de France de Football

La Compétence

La plus triviale des caractéristiques de la performance est : la Compétence.

Si une personne veut être efficace, performante, il faut qu’elle ait acquis un savoir-faire dans l’activité qu’elle se propose de réaliser. Quelques contre-exemples dignes de La Palisse : Un cuisinier qui ne fait pas de plats savoureux, un pilote d’avion qui ne sait pas atterrir ou un développeur informatique qui ne sait pas coder des algorithmes efficaces et des tests de qualité ne peuvent pas être performants. Pour aller vers cette performance, il faut acquérir le savoir-faire nécessaire pour maîtriser les bons gestes, les bonnes postures pour que ceux-ci soient utilisés avec aisance afin de produire un résultat de qualité. La personne qui n’a pas suffisamment pratiquer les gestes, qui n’a pas assez travaillé son savoir-faire produira soit un résultat de mauvaise qualité, soit prendra beaucoup plus de temps que nécessaire pour arriver à un résultat.

Ce qui est vrai concernant la performance d’une personne, en terme de compétence, est décuplé pour une équipe. En effet, chaque membre de l’équipe se doit également d’avoir travailler individuellement sa compétence. Bien entendu, chacun aura développé ses propres aptitudes. Pour illustrer par un exemple footballistique, l’un sautera plus haut, courra plus longtemps, aura un meilleur jeu de tête. L’autre saura mieux faire les passes au millimètre, mieux dribbler. Aucun membre d’une équipe ne peut faire l’impasse sur ce travail individuel. De plus, l’équipe et l’environnement dans lequel elle baigne doivent favoriser l’apprentissage et le développement de chacun de ses propres membres.

La Compétence dans l’Equipe de France de Football Russia 2018

Concernant la Compétence au sein de l’équipe de France de football, je pense que cette caractéristique est largement développée en chacun des joueurs sélectionnés. Ils ont chacun :

  • des qualités techniques :
    • ils savent tous manier un ballon de foot,
    • faire une passe à un co-équipier,
    • tirer un coup-franc, un corner,
    • être athlétique pour certains, vivaces pour d’autres,
    • ils connaissent le règlement, les règles du jeu,
    • ils savent gérer leur alimentation, leur récupération,
    • ils sont aguerris aux différentes tactiques de jeu,
  • des qualités physiques :
    • ils sont tous capables de jouer à un rythme soutenu et de tenir physiquement pendant la durée des matchs, des entraînements,
    • ils ont développés une musculature qui leur permettent de réaliser tous les gestes du football (sauter, tirer, courir lentement, sprinter, tackler, …)

Comme les autres équipes, les joueurs de l’équipe de France sont des athlètes de très haut niveau. Ils se préparent depuis l’enfance à acquérir la compétence pour exercer cette activité. Ils jouent tous dans de grands clubs et s’entraînent sans relâche chaque jour pour s’améliorer. Pas de souci sur cet aspect, l’équipe de France de Football a en elle des joueurs compétents. Mais les autres équipes également. Etant donné que ces dernières n’ont pas gagné, je peux légitimement en conclure que la Compétence est nécessaire mais non suffisante à la Performance. Sans elle rien de possible, mais avec elle rien de certain.

La Motivation

Avoir travaillé son savoir-faire n’est évidemment pas suffisant pour être performant, et encore moins pour être performant durablement. Une personne qui est compétente, i.e. qui a développé toutes les qualités qui lui permettrait d’obtenir un très bon résultat à une activité, peut tout simplement réaliser une performance de « mauvaise qualité » car elle n’a pas assez de motivation, d’envie, d’engagement pour y arriver. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, si la motivation n’est pas en vous, alors la performance ne pourra pas être au rendez-vous.

A l’inverse, un surplus de motivation peut compenser ponctuellement un manque de compétence (par ex : les « petites » équipes qui gagnent contre des « grosses » cylindrées en coupe de France de football). Pour une équipe, la motivation de ses membres est donc primordiale. Sans elle, point de salut !

Mais de quoi parle-t-on quand on parle de motivation ?

Les différents types de Motivation

On distingue 3 formes de motivation :

La Motivation Extrinsèque

Une personne, une équipe peut être motivée à réaliser une activité en fonction d’une « circonstance » externe à l’activité elle-même. Le lien peut être fait entre motivation extrinsèque et « Carotte et Bâton ». Par exemple, un commercial qui réalise des ventes en vue d’avoir une commission sur celles-ci ou bien un enfant qui agira en conséquence pour ne pas être puni.Si la « circonstance » externe disparaît, la carotte ou le bâton, la motivation extrinsèque va également disparaître.

Autre constatation, bien que la motivation extrinsèque peut amener une personne, une équipe à réaliser une performance, celle-ci ne suffit pas à produire une performance durable dans le temps. En effet, l’érosion du temps va faire en sorte que ce qui n’est pas important, « ancré » en la personne, faisant partie de ses valeurs va s’effilocher au fil de l’eau. Ceci s’illustre encore très bien dans les équipes commerciales qui fonctionnent avec des primes sur objectifs. Un indicateur qui ne trompe pas : le turn-over dans ces équipes !

La Motivation Intrinsèque

La Motivation Intrinsèque pousse un individu à réaliser une action uniquement pour l’intérêt qu’il trouve à la réaliser, à l’exclusion d’une « circonstance » externe. Une personne qui joue d’un instrument de musique, un cuisinier qui invente de nouvelles saveurs, un enfant qui joue…

La motivation intrinsèque peut venir des valeurs profondes de la personne, de ce en quoi elle croit, de ce qui la pousse à se lever le matin. Cette motivation est tellement « ancrée » en la personne qu’elle agit presque comme une « force » qui écarte tout le reste… Cette force n’est pour autant pas destructrice mais au contraire bien transcendante.

Pour avoir une idée plus étoffée de la motivation intrinsèque, vous pouvez vous référer au livre intitulé « La vérité sur ce qui nous motive »1 de Dan Pink :

La vérité sur ce qui nous motive

Dan Pink y fait référence au Continuum d’Auto-Détermination de la Théorie de l’Auto-Détermination de Deci & Ryan2.

La Motivation Autotélique

Avez-vous déjà ressenti un tel plaisir à réaliser une action, une telle communion avec vous même et votre environnement, de telle sorte que cette action fasse appel à votre motivation intrinsèque mais qu’en plus, elle soit également légèrement au-delà de vos compétences et exige de vous une concentration maximale pendant laquelle le temps semble suspendu ? Ceux qui l’ont déjà vécu parlent d’un moment où c’était comme s’ils étaient à la fois en train de réaliser l’action et, en même temps, comme s’ils étaient en dehors d’eux-mêmes et se voyaient réaliser la tâche en sachant à l’avance quels gestes faire précisément pour exceller à la réaliser. Si oui, vous avez connu une expérience optimale ou expérience de « flow« . Les personnes qui ont connu le flow ont vécu une expérience de vie tellement forte, qu’après cela, elles sont en recherche pour reproduire cet état d’épanouissement total.

Mihaly Csikszentmihalyi a été le 1er à parler de « comportement autotélique » ou flow3. Le mot « autotélique » provient de 2 racines grecques « autos » (soi-même) et « télos » (but), on peut donc en donner la définition suivante : qui s’accomplit par lui-même.

Vivre Mihaly Csikszentmihalyi

La motivation d’une personne est un mélange entre la motivation extrinsèque, la motivation intrinsèque, et plus rarement  la motivation autotélique.

La Motivation au sein de l’équipe de France de Football Russia 2018

Bien évidemment, les joueurs de l’équipe de France de Football ont été motivés extrinsèquement. L’argent (les primes, les contrats publicitaires, les salaires à venir), la gloire, le pouvoir (champion du monde !) sont des facteurs extrinsèques qui ont sans nul doute motivés les joueurs. Mais cela n’a pas été leur seule motivation.

Pour aller au-delà d’eux-mêmes, de la souffrance physique, de la rigueur de leur vie d’athlète de haut niveau depuis l’enfance, de l’entendement cognitif (il faut s’abstraire du raisonnement logique pour se dépasser autant physiquement), chaque joueur a dû puiser dans sa motivation intrinsèque. Tous les joueurs de l’équipe de France font ce métier car ils ont rêvé un jour de porter cette coupe couronnant les meilleurs au monde dans le sport le plus pratiqué sur toute la planète ! Ils ont vu leurs aînés en 1998 le faire et ils savaient déjà quelle était la symbolique que cet acte représentait.

Par ailleurs, je pense également que certains d’entre eux ont pu connaître des expériences de flow à certains moments :

  • Contre l’Argentine, la volée parfaite de Benjamin Pavard, qui étant défenseur n’a quasiment pas marqué de but dans sa carrière
  • Contre l’Argentine, le 1er but de Kylian Mbappé où, en un coup de rein, il laisse la défense scotchée sur place. On a vraiment l’impression qu’il a « vu » les gestes à réaliser avant tout le monde
  • Contre la Belgique, la parade d’Hugo Lloris pour sauver l’égalisation belge
  • Contre l’Uruguay, le geste défensif de Raphaël Varanne pour enlever la balle à Suarez

Bien que primordiale pour se dépasser et susciter l’engagement, la motivation n’explique pas totalement le succès des bleus. En effet, je pense qu’il y avait d’autres équipes beaucoup plus motivées que l’équipe de France. L’Uruguay, la Croatie, la Belgique, le Mexique avaient, il me semble, beaucoup plus de « gniak » que les français, et pourtant cela ne leur a pas suffit…

L’Intelligence Émotionnelle

Pour être performant, il faut de la compétence et de la motivation mais pas que… L’intelligence Émotionnelle est aussi une composante importante de la performance d’une équipe. Vous en doutez ? Rappelez vous le coup de tête de Zinedine Zidane à Materazzi lors de la finale de la coupe du monde 2006, ou encore le désastre de Naisna à la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

L’intelligence Émotionnelle5 d’une personne consiste à :

  • savoir ce qu’est une émotion,
  • savoir identifier les émotions (colère, peur, joie, tristesse) lorsqu’elles se produisent,
  • comprendre que ces émotions sont des manifestations/symptômes pour lui « demander d’agir »,
  • savoir identifier les émotions chez l’autre,
  • savoir gérer les émotions des autres en adaptant sa communication et ses comportements en fonction de celles-ci

Intelligence Emotionnelle Daniel Goleman

Dans une équipe, qui a forcément une diversité de profils psychologiques, la bonne gestion de ses propres émotions et des relations interpersonnelles est plus que nécessaire. Un joueur qui perd son calme et commet une faute peut pénaliser toute son équipe (occasion de but pour l’adversaire, expulsion). De même, une personne non intelligente émotionnellement peut perturber tout un collectif en mettant sous pression les émotions des autres personnes.

Pour cette caractéristique « Intelligence Émotionnelle », je tire mon chapeau à l’équipe de Didier Deschamps. En effet, autant sur les caractéristiques Compétence et Motivation, je pense que nous étions au mieux au même niveau que les autres équipes, autant l’équipe de France a été au-dessus du lot par son Intelligence Émotionnelle.

Rappelez-vous :

  • les argentins ou les uruguayens qui « mettaient des coups » aux français. Et pourtant, aucune réaction d’humeur des français…
  • L’Argentine qui prend le « lead » sur le jeu, puis marque un 1er but, et un second juste après la mi-temps menant ainsi 2-1. Les français auraient pu « exploser en vol » juste à cause de cela. Et quelle a été leur réaction ? La sérénité ! Un 2ème but avec Pavard (qui plus est magnifique !), puis un 3ème, puis un 4ème comme si il n’y avait eu aucun péril en la demeure.
  • Les belges qui montent le niveau de jeu et mettent une pression terrible sur la défense française. Pas de problème, les français qui jouent à « Fort Alamo » sans commettre la moindre bévue.
  • Les croates qui prennent le jeu à leur compte, et égalisent à 1-1. Pas de souci, l’équipe de France marque 3 autres buts en autant d’occasion. Efficacité maximale !
  • Ajouté à cela, tous les pénalties transformés par Griezmann qui a su garder la tête froide, et un seul concédé par la défense française contre l’Australie.

L’équipe de France a été, je pense, largement au-dessus des autres équipes concernant cette Intelligence Émotionnelle. On le sait tous, dans le sport de haut niveau, le mental est aussi important que le physique, voire plus. C’est une chose de le savoir, c’en est une autre rudement plus difficile à mettre en oeuvre et l’équipe de France l’a parfaitement géré. Chapeau bas pour cette gestion exemplaire des émotions ! Une bien belle Intelligence Émotionnelle de cette équipe de France explique en partie son succès.

Le Coaching

On a coutume de dire qu’une organisation ne pourra pas agir au-delà du niveau de conscience de son dirigeant. Par exemple, si le dirigeant a un niveau de conscience très « Command & Control », cela va avoir un effet limitant sur la créativité de l’organisation. De même, si le dirigeant ne favorise pas la Confiance, la prise d’initiative sera amoindrie.

Autre aspect, l’effet Pygmalion qui en résumé revient à ceci : « Je deviens ce que l’autorité ou l’environnement pense de moi ».

Je ne connais pas personnellement Didier Deschamps, ni sa méthode de travail, mais j’ai vu évoluer le joueur qu’il était à l’époque. Deschamps était un joueur de l’ombre, au service de l’équipe, infatigable et qui ne lâchait rien, il avait du charisme mérité pour son exemplarité. Il a gagné tous les titres footballistiques possibles. Au vu de ce qui émerge du jeu de l’équipe de France, j’y retrouve les qualités du joueur Deschamps : Solidarité, effort, ne lâche rien, équipe bien en place et rigueur défensive, solide dans sa tête, humilité, pas de leadership prononcé, et … qui gagne. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai comme l’impression que ce n’est pas un hasard !

L’Adaptabilité et la Résilience

Autre caractéristique qui a participé à la performance et au succès : L’adaptabilité, et son corollaire la Résilience.

L’équipe de France a su s’adapter à toutes les autres équipes contre lesquelles elle a pu jouer. Que l’Australie et l’Uruguay ne lâchent rien et engrangent les kilomètres en quadrillant bien le terrain, que l’Argentine, la Belgique, ou encore la Croatie soient très technique et prennent le jeu à leur compte, ou encore que les joueurs péruviens soient très vivaces, la France a su s’adapter et marquer des buts dans chacun de ces matchs.

De plus, dans les phases difficiles, elle a su faire preuve de résilience. Déjà au 1er match contre l’Australie, après l’égalisation 1-1 par l’Australie, l’équipe de France arrive malgré tout à marquer un 2nd but. Puis, l’Argentine pousse, met la pression physiquement et marque 2 buts, inversant ainsi la donne à 2-1. Tranquillement, presque facilement, l’équipe de France parvient en marquer 3 autres. L’Uruguay cadenasse sa défense et bloque le jeu, Varanne marque d’une tête sur corner. La Belgique nous donne des frissons par un jeu rapide et technique, empêchant nos attaquants d’être efficaces, Umtiti marque encore sur corner. Puis l’équipe de France se met en mode « Fort Alamo » et tient le choc. Le téléspectateur avait l’impression que ça aurait pu durer 3h de plus sans que les belges puissent ouvrir le score. Les croates sont très incisifs et techniques, en réponse à chaque occasion de but la France la transforme.

A chaque match, le contexte, l’environnement était différent, et pourtant l’adaptabilité de cette équipe de France lui a apporté sa résilience et, par la même, une sérénité à toute épreuve. A l’inverse les équipes australienne, péruvienne, argentine, uruguayenne, belge, et croate ne se sont pas adaptées au jeu de la France. Elles ont continué de jouer leur jeu, sans s’adapter à l’équipe de France, et par la même, elles ont essayé de forcer les choses, i.e. de contraindre l’environnement pour que celui-ci devienne conforme à leur réalité. Or en environnement complexe, où il existe de multiples facteurs qui peuvent avoir des conséquences sur le futur, il ne sert à rien de lutter contre l’environnement. Il convient plutôt de s’adapter et utiliser cet environnement pour transformer ce qui émerge de lui en opportunité. Et c’est là que je ne suis pas d’accord avec le sélectionneur belge, Roberto Martinez, qui estime que son équipe n’a « perdu que sur un corner ». Pour ma part, je pense qu’il y a un monde entre les approches des 2 équipes, la Belgique qui dit : « Je suis favorite, je vais gagner cette coupe du monde et l’environnement se pliera à ma vision des choses » et celle de la France qui dit : « Je vais progresser par petit pas. Si l’environnement devient trop hostile, je vais faire le dos rond, m’adapter mais quand je le pourrai  j’expérimenterai les opportunités qui vont se présenter ».

Cette Adaptabilité et cette Résilience ont participé activement au succès des bleus.

Le Leadership Collaboratif

Comment gagner sans leader(s) ? Eh bien, en remplaçant ce(s) leader(s) par du Leadership Collaboratif !

Il est un lieu commun entre le monde du sport d’équipe et des organisations : c’est le fait qu’une équipe pour être performante doit avoir au moins un leader. Autant vous le dire tout de suite, cette affirmation est fausse et l’équipe de France l’a prouvé lors de cette coupe du monde.

Dans cette équipe de France, il n’y a pas de vrai leader. Seul Paul Pogba pourrait y ressembler, mais si vous faites la comparaison avec Neymar, Ronaldo ou Messi vous conviendrez facilement qu’il n’a pas la même aura. Un leader est capable à lui tout seul d’influencer le sort d’un match. Or sans manquer de respect à Pogba, je pense qu’il n’a pas cette faculté.

De plus, pouvez-vous me dire quel joueur de l’équipe de France est le meilleur du monde à son poste ? Aucun ou presque. Le seul que je vois est N’Golo Kanté qui est très bon à son poste mais qui est trop humble, voire presque timide, pour être un leader. Donc, en résumé, on a une équipe de France championne du monde de foot sans leader. Comment est-ce possible ? C’est là toute la magie du Leadership Collaboratif.

Le Leadership Collaboratif consiste pour les membres d’un collectif à devenir leader de façon spontanée et temporaire, en gardant à l’esprit que ce leader propose quelque chose (une idée, une action) au collectif et que celui-ci restera seul à décider de ce qu’il veut faire de cette proposition. Soit le collectif valide la proposition et celle-ci est mise en oeuvre, soit la proposition est rejetée et cela ne pose aucun problème à personne. Le leader temporaire se met donc dans une posture de service au collectif, le « Je » est au service du « Nous ».

Quand Olivier Giroud ou Antoine Griezmann dépensent leur énergie à participer à la 1ère ligne de défense, c’est du Leadership Collaboratif. Quand Corentin Tolisso ou Blaise Matuidi « vont au charbon » pour couper l’attaque adverse, c’est du Leadership Collaboratif. Quand Olivier Giroud, qui n’a pas marqué le moindre but de la coupe du monde alors qu’il est avant-centre, fait une passe millimétrée pour Kilian Mbappé pour le 4ème but contre l’Argentine, c’est du Leadership Collaboratif. Quand Benjamin Pavard fait une reprise de volée d’anthologie et remet la France sur de bons rails, c’est aussi du Leadership Collaboratif. De même, pour Raphaël Varanne ou Umtiti qui marquent sur corner alors que les attaquants étaient à la peine.

Dans cette équipe de France, les uns étaient au service des autres, sans réel leader, avec beaucoup d’humilité et de Leadership Collaboratif. L’avantage de cette posture est qu’il n’y a pas de dépendance vis-à-vis du leader. Quand Messi, Ronaldo ou Neymar sont en panne d’inspiration ou n’arrivent pas à influencer une rencontre, leur équipe est bien en peine. Alors que dans une équipe comme la France, où chacun peut être leader à un instant T, tout le monde peut faire le geste qui permet de gagner ou de ne pas prendre de but. La créativité et l’intelligence peuvent venir de toute part !

Le Leadership Collaboratif de l’équipe de France a été un facteur ayant eu une influence capitale sur sa performance.

Conclusion

Certains ont déclaré que le jeu de cette équipe de France n’était pas beau. Et bien moi, je pense que la beauté de cette équipe réside dans son Intelligence Émotionnelle, son Adaptabilité, sa Résilience et dans son Leadership Collaboratif. Une certaine forme de quintessence de l’esprit d’équipe. Certes, ce n’est pas le beau jeu et la créativité footballistique du Brésil, de la Belgique ou encore de la Croati. Mais, si dans le foot, il suffisait d’être beau pour gagner, le Brésil serait champion du monde tous les 4 ans.

Gagner en faisant en plus du beau jeu est un idéal ! Pour ma part, je suis convaincu que l’idéal ne fait pas partie de ce monde. Par contre l’adaptation, l’essai/erreur, la diversité, la complémentarité, la coopération font partie de l’environnement complexe dans lequel nous évoluons tous et qui s’appelle la Vie. Survivre en s’adaptant est la faculté la plus belle, à tel point que, depuis la nuit des temps, le vivant en a fait sa caractéristique principale pour évoluer dans ce monde complexe…

Et dans les organisations, pour les équipes, que pouvons-nous garder de cette expérience de vie qu’à été cette coupe du monde de football ? Qu’il faut développer la compétence de tout un chacun. Qu’il faut travailler la motivation et notamment la motivation intrinsèque en donnant du Sens, l’appartenance sociale au travers de l’équipe ou l’organisation, l’auto-détermination des personnes. Qu’il faut accepter que l’Humain ne soit pas vu uniquement que par le cognitif mais qu’on puisse parler de ses émotions et ainsi développer l’Intelligence Émotionnelle des personnes et donc de l’équipe. Qu’il faut cultiver un éco-système adaptatif où procéder par essais/erreurs apportera au final la résilience et la créativité. Qu’il faut entretenir le Leadership Collaboratif pour faire émerger l’Intelligence Collective des équipes. C’est au prix d’un effort constant sur tous ces domaines que la Performance peut être atteinte ! L’équipe de France de Football nous l’a brillamment montré. A nous d’en faire quelque chose, de capitaliser cela, d’imiter ces pratiques et de les adapter à notre contexte…

Voilà, j’espère qu’après cette longue lecture… vous ne regarderez jamais plus les matchs de foot de la même manière 😉

Références Bibliographiques

1 – « La vérité sur ce qui nous motive », Dan Pink, Edition « Clés des champs »

2 – « Self-Determination Theory », Edward L. Deci & Richard M. Ryan, Edition « The Guilford Press »

3 – « Vivre : La psychologie du bonheur », Mihaly Csikszentmihalyi, Edition « Pocket »

4 – « L’Intelligence Emotionnelle – Intégrale », Daniel Goleman, Edition « J’ai lu »

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