Et la congruence ?… Bordel !

Titre provocateur, me direz-vous ! Et bien oui, je l’assume pleinement. Mais, vous vous en doutez sûrement, je ne l’ai pas choisi au hasard. Ce titre d’article fait référence au titre du film « Et la tendresse ?… Bordel ! » de Patrick Schulmann que j’ai eu le loisir de visionner adolescent. De mes lointains souvenirs, dans ce film, des personnes en couples cherchent l’Amour celui avec un grand A mais, au final, se complaisent dans des histoires de c.. Entre ce qui est revendiqué au départ, l’Amour avec un grand A, et le résultat, des histoires de c… il y a un fossé, une incongruence en somme, qui trouve un résumé circonstancié dans le titre du film.

Quel rapport avec les thématiques de ce blog me direz-vous ? Et bien, tout est là dans le mot « incongruence » !

Mon blog parle d’Humain, d’Intelligence Collective, de relation interpersonnelles, de développement personnel, d’Intelligence Émotionnelle, d’Organisation Humaniste… bref de sujets en rapport avec La Personne Humaine. Or dans mon vécu et dans ce que je lis sur les réseaux sociaux, je constate un regain d’incongruence, notamment dans les relations entre l’organisation et la personne. Pour expliquer mon propos, je citerai 2 exemples.

 

1er exemple : 

Via LinkedIn, j’ai été contacté il y a quelques temps par une organisation qui souhaitait créer un nouveau club d’entraide de dirigeants d’entreprise dans ma ville, club pour lequel cette organisation recherchait un animateur. Le but de cette organisation est de faire progresser l’entreprise par le progrès du dirigeant. Ok jusque là l’objectif est louable et en accord avec mes valeurs et je ne peux qu’y souscrire avec mes 2 lobes 😉 La personne me contacte, on échange une demie-heure au téléphone, mon profil de Facilitateur IC & Coach d’Organisation semble l’intéresser mais elle tique sur le fait que j’ai fondé CollectiveO récemment (quelques mois), et émet donc une réserve sur le fait de mener les 2 activités en parallèle. Elle me demande donc d’y réfléchir de mon côté et de revenir vers elle par la suite. Ok, pas de souci, je mène donc ma réflexion et j’arrive à la conclusion que les objectifs de ces 2 activités étant alignés, je peux donc les mener de front sans me dénaturer, en assurant correctement l’animation du club d’entraide et le développement de CollectiveO. Je reprend donc contact avec la personne par messagerie téléphonique interposée… Plusieurs jours sans réponse… Pas de souci, elle doit être surbookée, j’attends quelques temps et je lui renvoie un sms (en omettant involontairement d’indiquer mes nom et prénom). Le lendemain, elle me répond en m’indiquant qu’elle ne sait pas de qui émane ce sms. Je lui réponds dans la foulée et depuis silence radio depuis 2 semaines. Comprenez moi bien, je ne suis pas là en train de me plaindre de n’avoir pas été retenu pour le poste d’animateur. Cette opportunité, je ne l’attendais pas, elle s’est présentée par hasard, au final elle ne se fera pas et cela ne m’empêchera pas d’avancer dans mon projet pour autant.

Là où je tique, c’est d’une part pour le non respect de la personne humaine que je suis, à qui une réponse n’a pas daigné été envoyée. A l’heure actuelle, les communications n’ont jamais été autant facilitées. Alors expliquez moi pourquoi de nos jours, il y a encore des personnes qui n’appellent pas (ce qui évidemment serait mieux 😉 ) ou n’envoient pas un simple sms pour donner une réponse qu’elles ont par ailleurs sollicité. Que la réponse eut été positive ou négative n’aurait eu aucune incidence, mais que la réponse fût aurait eu pour conséquence que ma personne humaine soit considérée et respectée, assez pour que la relation humaine qui avait débuté comme une belle promesse puisse se clore dans la sérénité et non pas dans le mépris.

D’autre part, je tique également pour l’incongruence manifeste de cette situation. Nous sommes dans un cas où cette organisation veut faire progresser le dirigeant pour faire progresser l’entreprise. Ok, mais je serai curieux de savoir quel discours cette organisation tient au dirigeant d’entreprise, qui souhaite donc progresser, lorsqu’un collaborateur de celui-ci, missionné par ce même dirigeant de réfléchir à une opportunité, revient vers ce dirigeant ? Est-ce que cette organisation conseille au dirigeant de ne pas répondre comme dans la situation que j’ai vécu ? Est-ce une forme de progrès de ne pas répondre à un collaborateur que l’on a sollicité par ailleurs ? Mon constat est le suivant : d’un côté, il y a le discours marketing et de l’autre il y a les actes et le naturel (qui revient au galop ?), et ces 2 parties n’étant pas alignées, dans cette situation, il y a donc incongruence entre le discours et les actes. Et là, moi je dis : Et la congruence ?… Bordel ! Quand on se place dans l’espace des relations interpersonnelles, et pour la progression du dirigeant d’entreprise cet aspect est fondamental vous en conviendrez avec moi, on ne peut pas à la fois y être et ne pas y être. Pour bâtir une relation interpersonnelle de Confiance, il est nécessaire d’être congruent. Je reprends une citation que j’ai vu récemment (mais je ne saurai plus dire de qui : mea culpa !) : La relation entre deux personnes est comme un panier vide que chacun doit remplir pour la nourrir… Ne pas respecter l’autre personne ou être incongruent dans cette relation, revient tout simplement à vider ce panier de sa substance… Vouloir travailler dans le champ de l’Humain requiert un savoir-faire, mais surtout, surtout, surtout, … un savoir-être… et cet aspect ne s’improvise pas mais est l’oeuvre d’un long cheminement de tous les jours… La bonne nouvelle est que tout un chacun peut progresser…

 

2ème exemple : OnBoarding

Actuellement, il y a un sujet à la mode dans les organisations : l’OnBoarding. Pas mal d’articles sur les réseaux sociaux sur ce sujet. Je prétends que ce sujet ne devrait pas être traité par les organisations, en tous cas pas en faisant un sujet primordial/prioritaire, et j’irai même jusqu’à dire que de le considérer comme tel peut être un indicateur d’incongruence ! Pas de souci, je m’explique…

Depuis l’amont du recrutement d’un nouveau collaborateur jusqu’à l’intégration, l’organisation doit réaliser un OnBoarding « soigné » car celui-ci serait catalyseur d’engagement et de fidélité du nouveau recruté. J’ai lu dans un de ces articles la phrase suivante : « Soignez l’OnBoarding : il révèle la culture de votre entreprise ». Et ce qui me gêne dans celle-ci est son côté paradoxal… S’il est dans la culture de l’entreprise de « bien » accueillir, de donner envie à un nouveau collaborateur ceci depuis le 1er contact, pourquoi aurait-elle besoin de forcer le trait en « soignant son OnBoarding » ? Si cela fait partie de sa culture d’être « accueillante », les personnes de l’entreprise le feront naturellement. Croyez-vous que les personnes de FAVI qui recrutaient une nouvelle personne dans leur mini-usine étaient accueillantes naturellement ou en soignant leur OnBoarding ? Pour ma part, je suis convaincu qu’une Organisation Humaniste, donc avec une culture centrée sur l’Humain, embauche les nouvelles personnes sans stratégie ou artifice mais avec les valeurs humaines et les pratiques qui sont siennes, c’est-à-dire avec sa culture, en un mot son savoir-être. Ce même savoir-être va également lui permettre de rester congruente au fil des jours, des mois, des années qui suivront l’arrivée de la personne. Alors que si l’entreprise soigne son OnBoarding, qu’elle acquiert donc un savoir-faire de l’embauche, et que la belle promesse ne se généralise pas au fil du temps… Dans ce cas là, moi je dis : Et la congruence?… Bordel ! D’ailleurs, il n’y aura pas que moi qui le dira mais également la personne qui aura été embauchée ;-).

Quand je lis la phrase : « L’OnBoarding, catalyseur d’engagement et de fidélité », je me dis que certes dès les 1ers instants les impressions sont fondamentales pour la suite de la relation, comme dans toute relation humaine, mais que cela ne fait pas tout. On ne se marie pas dès le lendemain du 1er soir ! Pour qu’une relation soit durable, il faut qu’elle soit alimentée dans le temps par les 2 parties. S’il y a OnBoarding de l’entreprise au départ, pour susciter l’engagement et la fidélité il y a besoin de bien plus de combustible au jour le jour et dans le temps pour faire avancer la relation. Et ce combustible se retrouve dans… la culture des Organisations Humanistes, via leur savoir-être. Ok, j’ai traité le cas facile des Organisations Humanistes qui n’ont pas besoin d’OnBoarding car elles ont déjà dans leur culture des pratiques d’accueil naturelles qui suscitent l’engagement et la fidélité, et de plus, elles ont mis en oeuvre un écosystème centré sur l’Humain qui alimentera naturellement la relation au fil de l’eau.

Et pour une entreprise qui n’est pas une Organisation Humaniste, faut-il faire de l’OnBoarding pour susciter l’engagement et la fidélité ? :

  • La réponse est Non si vous ne faites que cela. Là où je m’insurge, c’est que je vois des articles sur l’OnBoarding qui laisse supposer qu’en mettant en oeuvre uniquement cette pratique, l’entreprise aura un nouvel embauché engagé et fidèle ! Or d’une part l’engagement est lié à la motivation, et celle-ci ne se décrète pas mais se suscite, et d’autre part seule la motivation intrinsèque (motivation à réaliser un acte pour ce que cet acte représente par lui-même) permet un engagement durable dans le temps. Est-ce qu’un OnBoarding peut générer ce type de motivation ? Permettez moi d’en douter ! J’aurai plutôt tendance à dire qu’elle peut générer de la motivation extrinsèque, qui par définition s’effritera avec le temps.
  • La réponse est Oui si vous voulez vraiment faire en sorte de prendre soin de la personne et créer un lien de qualité avec elle. Mais alors, cet OnBoarding initial sera nécessaire mais ne sera pas suffisant, et il vous faudra créer d’autres conditions qui susciteront son engagement (raison d’être, valeurs en adéquation, droit à l’erreur, confiance, intelligence collective, …). Bref, il vous faudra montrer votre congruence et actionner bien d’autres leviers en plus de l’OnBoarding… La bonne nouvelle est que c’est un beau challenge, non ? 😉

 

Voilà, deux exemples où je constate de l’incongruence, potentielle mais pas systématique dans le 2ème exemple OnBoarding, dans les relations entre l’organisation et la personne

Je terminerai en disant que pour moi, la Congruence est la cousine germaine de la Confiance, et que sans Confiance, rien n’est possible dans les relations interpersonnelles. Faire de l’OnBoarding c’est sûrement bien, mais personne ne réglera durablement les problèmes de l’iceberg en s’attaquant à sa surface… surtout si la surface de l’iceberg est à la mode…

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