On Fears, Ego, Death … and Leadership

 

Oana Juncu a posté récemment l’article « On Fears, Ego, Power … and Leadership » (cf. http://oanasagile.blogspot.com/2020/02/on-fear-ego-power-and-leadership.html).

Dans celui-ci, Oana développe l’idée que les transformations agile deviennent souvent des « Transformation without leadership pattern« , ceci car tout un chacun a des comportements inconscients qui lui font voir le changement comme une menace.

Comme le dit Oana, la peur est une émotion primaire qui demande une réponse immédiate. Ceci est confirmée par les Neurosciences qui ont démontré que le système émotionnel du cerveau est activé bien avant sa partie cognitive. Toute décision, fût-elle la plus mûrement réfléchie, est avant tout émotionnelle. Dans son article, Oana parle d’activation de « programme de survie ». La cause de cette activation serait l’Ego qui active ces scénarios de survie dans le but que la personne ne paraisse pas en « faiblesse » : « Ego wants us to look good. And everything that threatens our good-looking self calls our ego to play the survival scenarios« . Le changement, mettant la personne hors de sa zone de confort, donc en risque, met en péril son « good looking » ce qui a pour conséquence le déclenchement des scénarios de survie par l’égo, ceci afin de protéger la personne en préservant le statut quo.

Je partage la croyance d’Oana qu’une transformation résiliente, fût-elle personnelle ou organisationnelle, passe par la prise de conscience et l’acceptance des peurs. De ma compréhension des propos d’Oana, la peur inconsciente est de se retrouver en situation de « faiblesse » : « Ego wants us to « look good »« . Ma croyance personnelle est que la peur inconsciente de l’égo aboutit au final à la peur de la mort.

L’ego représente pour moi la prise de conscience d’un être de sa propre existence, une sorte de contenant virtuel d’un être qui sait qu’il vit et qu’il existe. Une personne a un égo, mais ce n’est pas le propre de l’homme. Les animaux, les non-humains ont également cette conscience d’exister. Si vous mettez un chien dans une maison en feu, sa conscience de lui-même en tant qu’être ayant une existence va déclencher également le mécanisme de survie qui va le pousser à se sauver. J’ai donc la croyance que l’égo est inhérent à l’existence. Et si tel est le cas, la pire peur de l’égo est la non existence de l’individu qu’il représente, cette non existence étant synonyme de mort.

En 1ère lecture de l’article d’Oana, quelque chose me gênait dans cette affirmation : « Ego wants us to look good » mais je n’arrivai pas à mettre des mots sur ce qui me contrariait. En décantant cela, ma réflexion arrive à ceci : « Yes Oana, Ego wants us to look good… in order to survive, and to live« . Je ne crois pas que l’égo d’une personne souhaite qu’elle fasse « bonne figure » pour être le « centre du monde » mais parce que faire « bonne figure » augmente ses chances de survie. Ok, ceci demande de plus amples explications.

Pour illustrer mon propos, je vais utiliser la Spirale Dynamique (plus d’explications concernant celle-ci, cf. l’article « Organisation Opale, cette couleur vous va si bien… » disponible ici : http://blog.collectiveo.net/organisation-opale ). Pour mon raisonnement, je prends le postulat que la plus grande peur d’un individu est de « régresser » au niveau de conscience précédent, au sens de la Spirale Dynamique. Plaçons-nous au niveau de conscience FS-Vert.

Niveau de conscience : FS-Vert
Niveau de conscience précédent : ER-Orange
Peur : Un individu FS-Vert a peur de régresser à ER-Orange car le groupe auquel il appartient se rend compte que son comportement est en inadéquation avec les caractéristiques FS-Vert
Caractéristiques FS-Vert :

  • Donner une place centrale aux valeurs et à l’Humain,
  • Rejeter les hiérarchies pour l’autonomisation,
  • Donner au point de vue de chacun une égale valeur au point de vue de l’autre,
  • Rechercher le consensus dans les décisions.

Pour faire « bonne figure », un FS-Vert doit illustrer dans son comportement les caractéristiques précédentes, sinon par définition il n’est pas à ce niveau de conscience. Les niveaux de conscience de la Spirale Dynamique étant holarchique, si la personne n’est pas FS-Vert, alors elle sera tout au plus ER-Orange. Imaginons maintenant que je tienne le même genre de raisonnement pour chacun des niveaux de conscience de la Spirale Dynamique jusqu’au niveau AN-Beige. Le niveau AN-Beige est synonyme d’isolation de la personne, et donc de grande probabilité de mort prochaine, puisque la personne se retrouve seule et sans protection dans ce monde « dangereux ». Régresser du niveau « supérieur » au niveau « inférieur » génère donc des peurs qui trouvent leur source dans la peur de la mort.

En résumé, ne pas faire « bonne figure » à un niveau de conscience provoquera la régression au niveau précédent, et ainsi de suite jusqu’à se retrouver seule et sans protection, donc en danger de mort. Notre égo ne souhaitant pas cette mort, qui représente son exact opposé, va tout faire pour que la personne « look good » pour son niveau de conscience et fait en sorte de favoriser le statut quo pour ne pas régresser. Ci-dessous, vous trouverez un tableau où j’ai recensé selon moi les peurs à perdre un niveau ou à arriver à un niveau.

Niveau de conscience de Départ Niveau de conscience d’Arrivée Peur de perdre le niveau de départ Peur de se retrouver au niveau d’arrivée
A’N’-Jaune FS-Vert Perte de sens
Perte d’auhenticité
Peur de se laisser guider par son égo, par ses propres peurs
Se retrouver dans un groupe de personnes qui, pour tout sujet, recherche longuement le consensus sans passer à l’action
FS-Vert ER-Orange Ne plus être guidé par ses valeurs,
Ne plus croire en l’Humain,
Ne plus être en chemin vers l’autonomisation,
Peur de l’inégalité de valeur des points de vue de chacun
Peur des décisions unilatérales
Peur de la méritocratie,
Peur de ne pas comprendre les rouages du monde,
Peur de la recherche exclusive des bénéfices financiers sans tenir compte des autres aspects
ER-Orange DQ-Bleu Peur de ne plus être reconnu en terme de performance
Peur de ne plus pouvoir comprendre et agir sur les bons leviers pour transformer le monde
Peur de ne plus bénéficier des avantages liés à la méritocratie
Peur de devoir se conformer aux règles du groupe, sous peine d’exclusion
Peur du système de planification moyen/long terme
Peur de devoir endosser un masque social
Peur de devoir se conformer au rôle que le groupe lui attribue
Peur du sacrifice individuel
Peur de devoir se conformer à l’autorité de référence (église, hiérarchie, …)
DQ-Bleu CP-Rouge Peur de la perte de la sécurité du groupe
Peur de la perte de la stabilté
Peur de la non planification à moyen/long terme
Peur de la violence du pouvoir par la force
Peur de manquer de ressources (nourriture, habits, …) dû fait de sa propre faiblesse
CP-Rouge BO-Violet Peur de se retrouver isolé, hors d’un groupe
Peur de ne plus être protégé par le chef
Peur de devoir compter uniquement sur soi-même pour survivre
Peur du monde hostile tout autour
BO-Violet AN-Beige Peur de redevenir un animal sans conscience de lui-même Peur d’être isolé
Peur d’être un être faible dans un monde hostile
AN-Beige N/A Au niveau AN-Beige, l’Humain veut satisfaire ses besoins physiologiques (manger, boire,
ne pas avoir froid, dormir, …). Il n’a pas conscience de lui-même (pas d’égo), et vit seul ou
en petit groupe. Sa raison d’être est la survie.

Au stade AN-Beige, l’Homme est un animal inconscient qui tente de survivre dans un monde hostile et dangereux, pour une faible créature isolée. La peur de l’Homme est donc de mourir, de ne plus exister et cela peut arriver à chaque instant.

J’ai bien conscience que la « réalité » est sûrement plus complexe. En effet, prendre le postulat qu’une personne est uniquement à un unique niveau de conscience est déjà faux. Tout au plus, le barycentre de cette personne pourra être à ce niveau, c’est-à-dire que globalement son comportement va se définir par les caractéristiques de ce niveau. Bien évidemment, d’autres comportements de cette personne pourront se situer à d’autres niveaux de conscience, les niveaux de la Spirale Dynamique étant par définition holarchiques. Mon raisonnement est certes simplificateur mais cette simplification a pour but d’aider à comprendre le raisonnement global.

Le « Power of Vulnerability » de Brene Brown caractérise le dernier niveau de conscience A’N’ de la Spirale Dynamique. Ce niveau m’avait inspiré les phrases suivantes : L’Humain prend conscience que son égo lui dicte ses actes. Cet égo, basé sur la peur et la pénurie, l’empêche de voir le monde comme il est réellement, le déroute d’accomplir ce à quoi il se sent appelé à faire de bien au monde. L’Humain décide alors de laisser la place à la confiance et l’abondance dans ses prises de décision, d’accepter ce qui arrive comme quelque chose qui va se résoudre de lui-même ou comme une expérimentation qui le fera grandir. L’Humain prend ses décisions en accord avec ses valeurs profondes et s’interroge sur ce qui a réellement du sens pour lui. La vie est vue comme un déploiement de sa nature profonde. L’humain recherche l’authenticité envers soi-même, les autres et la vie.

L’idéal serait que tout un chacun puisse atteindre ce niveau de conscience, que chacun intègre ce « Power of Vulnerability » mais ce chemin est long, difficile sans possibilité de « sauter » des étapes. En attendant, une alternative serait d’accompagner les personnes à prendre conscience et à accepter les peurs liées à leur niveau de conscience. Je pense que ce type d’accompagnement devrait être proposé par les coaches, notamment lors des transformations agiles. Lors de mes expériences de transformations agile, j’ai très peu vu de l’accompagnement individuel, et encore moins un accompagnement pour aider les personnes, notamment les managers, à travailler sur leurs propres peurs. Oana a raison, sans ce travail pas de réel cheminement des personnes, des leaders, et donc pas de leadership, et donc pas de transformation résiliente. Bernadette Lecerf-Thomas attirait déjà notre attention sur la dualité à prendre en compte lors des transformations : procédures dures et procédures molles. Bien souvent, les entreprises ne « réfléchissent » leur transformations que par le biais des procédures dures (processus, actions, outils, pratiques, méthodes, …) mais sans réaliser que tout ceci ne peut pas devenir résilient sans mettre en oeuvre les procédures molles (toutes les mesures/actions qui concernent l’accompagnement de l’Humain lors de la transformation).

Tout ceci ne peut pas devenir résilient sans affronter nos peurs. Et  comme nous le suggère Oana et Brene Brown, le 1er acte de leadership de tout un chacun est de faire face à ses propres peurs, faire face à sa peur de la mort… …

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